« LE CORPS COMME TEMOIN... »

 

Se casser la tête, en avoir plein le dos, rester sans voix, avoir la gorge nouée. Toutes ces expressions font partie du langage courant. Elles impliquent notre corps, d’une façon imagée bien sûr, mais jusqu’où ?...

Certaines personnes ressentent intuitivement que ce n’est pas seulement « une façon de parler » et qu’il y a certainement du bon sens à écouter ces mots.

                                                                            

Prendre nos organes comme une métaphore est bien plus répandu que nous le pensons. Citons quelques autres expressions courantes parmi tant d’autres :

Je ne peux le sentir – Il me casse les pieds – Il m’a brisé le cœur – Je me fais un sang d’encre – Je ne fais pas le poids – Je ne peux pas le digérer – J’en prends plein les dents – Cela me fatigue, me pèse, me gonfle – Je me fais de la bile – Je le fais à contre cœur – je ne me sens pas épaulé - C’est épidermique – Cela me prend la tête - Cela me reste en travers de la gorge – J’en ai le souffle coupé – Cela me fait mal au ventre….

Certainement que vous avez vos propres expressions. Comme elles passent souvent inaperçues, demandez à votre entourage de les repérer. Cela peut être un jeu mais vous pouvez aller bien plus loin…

 

Car les termes employés ne sont jamais anodins : ils décrivent souvent avec une grande exactitude l’émotion sous jacente.

La difficulté est que nous sommes très peu en contact avec nos émotions : peur, culpabilité, colère, inquiétude, rancune, tristesse, déception sont souvent niées, totalement inconscientes…A moins d’exploser, une très grande colère peut passer presque inaperçue pour la personne concernée ou être ressentie comme une simple irritation ! Mais le corps sait  ce qui se passe, il ne peut être dupé même si l’on se raconte des « histoires ». Le corps ne ment jamais…

 

S’entendre, écouter ses mots, c’est commencer à être en contact avec soi, à prendre la responsabilité de ce qu’on vit, à être à l’écoute de ses états intérieurs. Car contrairement à ce que l’on croit encore couramment aujourd’hui une émotion n’est JAMAIS provoquée par l’extérieur, JAMAIS !… Si c’était ainsi, deux personnes réagiraient exactement de la même façon dans une situation identique. Or ce n’est pas le cas ; l’une peut être révoltée par le comportement d’une personne et l’autre, face au même comportement, totalement sereine! Alors que s’est-il passé ?...

 

Pour comprendre, sachons que sous l’émotion se cache le sentiment : sentiment d’appartenance ou d’exclusion, sentiment d’humiliation ou de fierté, sentiment de trahison ou de respect par exemple. Chaque fois qu’il y a une réaction émotionnelle, la personne s’est sentie blessée : humiliée, exclue ou trahie ou d’autres sentiments douloureux. Mais sa blessure est personnelle puisque l’autre personne face à la même situation ne se sent pas blessée.

L’émotion est la partie plus accessible de ce sentiment, elle s’exprime le plus souvent par de la réactivité : agressivité verbale ou physique. On se dit alors hypersensible, réactif voire soupe ou lait sans aller plus loin. Ou bien cette émotion est refoulée et s’imprime dans le corps. 

Dire par exemple : « Cela me reste en travers de la gorge » c’est parler d’une émotion qui n’a pas été reconnue comme telle. D’une réponse qui ne s’est pas faite, d’un « sentiment » qui ne s’est pas exprimé et qui  entraîne le plus souvent  rancune ou « ressentiment ». C’est en vouloir à l’autre de ce que l’on n’a pas su exprimer soi-même…

Ecouter ses mots, c’est le 1er pas vers la reconnaissance de ce sentiment personnel avant qu’il n’atteigne notre corps physique, pour ne pas « en faire une maladie ! »